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dimanche 16 février 2014

Phobie Sociale

Personne ne peut comprendre
L'incertitude
Personne ne peut entendre

La solitude

Ces mots qui ne veulent jamais sortir

Sur la gorge gravés
Ces mots que j'ai du mal à écrire

Une totale anxiété

On ne m'a appris à parler que pour dire des choses dites "utiles"
Mais lorsque j'ouvre la bouche, ce que je dis me semble si futile
Que je préfère le garder pour moi, même si cela signifie
Que je ne parlerais plus jamais de toute ma courte vie

Sauf qu'à force de taire ma voix
Je n'ai plus vraiment le choix
C'est un effort beaucoup trop lourd
Pour que je me permette un discours

C'est vrai, bien trop vrai
Je me connais, et je le sais
Que je refuse le moindre échec, au point
De ne me laisser aucune chance de réussir enfin

Alors j'écoute, je note, je pense, je retiens
En faisant de mon mieux pour n'oublier rien
Et le reste, le non-dit, tout ce qui est mien
Est mon otage, je le maltraite et je le retiens

De toute manière j'ai beau travailler
Sur moi-même, me bouger, me forcer
Tout s'écroule encore, je n'y arrive pas
Comme si ça ne venait pas vraiment de moi

Livrée à cette foutue phobie
Qui s'accroche à ce que je suis
Fausse les traits de mon caractère
Et trompe ainsi la terre entière

J'aime les gens, et je ne peux leur dire
Mes sentiments, je ne peux que les enfouir
Juste au bout des lèvres, suspendus
A jamais, ils ne peuvent qu'être tus

Je frissonne, je tremble, je me sens étouffer
Lorsque le son de ma voix vient à s'échapper
A la rencontre, d'aimés comme d'inconnus
Malgré moi, le malaise vient, impromptu

Et la honte vient m'envahir
Pour me donner envie de fuir
Ce monde malade et inadapté
Aux introvertis et intimidés

J'aime les autres, mais ils me font mal
Et leur rejet m'est chaque fois fatal
Ils m'écrasent de leur fière indifférence
Et me laissent en état de convalescence

Ils veulent des paroles quand je n'en ai plus
Et je perds mon souffle, prise au dépourvu
Ils délaissent les actes quand je n'ai que ça
Et je n'ai plus qu'à m'éloigner avant le résultat

Des amis qui ne tardent à s'éloigner
Parce que je n'ose plus les aborder
Des connaissances que je voudrais enlacer
Mais nous ne sommes que des étrangers

Ces étrangers qui ont toujours l'air de me détester
Avant même de savoir à quoi je ressemble ou m'approcher
Je ne rêve que de les connaître et les apprécier
Mais le premier pas est toujours le plus compliqué...


Anxiety by aegina

dimanche 4 août 2013

Née Lui

Au temps passé,


Si j'avais été un petit garçon, et non une petite fille
On ne m'aurait pas voulue douce, généreuse et gentille

J'aurais appris à me défendre avec ou sans violence
Néanmoins, à me faire respecter comme une évidence

J'aurai porté la couleur bleue, et non du rose
Des fringues confortables et non des jolies choses

J'aurai grimpé aux branches des arbres, me serais roulée dans la boue
Mais une demoiselle se doit de toujours se tenir droite et debout...



Au temps présent,


 

Si j'étais un homme,

Je n'aurais plus à endurer les "hé mademoiselle t'es charmante"
Accompagnés de jolis "sale pute" et autres insultes élégantes

Je ne serais ni une "salope", ni une "mal baisée", ni "coincée"
Et la longueur de ma jupe n'attesterait en rien de celle de mes idées


Si j'étais un homme,

Je pourrais parler de politique sans être moquée
Sur mon poids, ma taille ou mon caractère trempé

Mes opinions, mes valeurs et mes compétences
Auraient plus de prestige que mon apparence


Si j'étais un homme, 


Toutes les femmes de mon entourage n'auraient pas cet oeil hautain
Prêt à critiquer chaque détail de mon apparence physique avec dédain

Tous ces vieux satyres, ces mecs de mon âge et ces hommes mariés
Ne me déshabilleraient pas du regard à chaque opportunité



Si j'étais un homme,

Mes tatouages ne seraient pas "moches parce que trop masculins"
Voire pas assez floraux ou étoilés selon l'avis de certains

Je disposerais enfin de mon corps qui respire
Sans que personne puisse trouver à y redire


Si j'étais un homme,

On ne remettrait pas en cause ma capacité à me servir d'une carte
Et je n'aurais plus peur de traîner ne serait-ce qu'en bas de mon appart'

De jour ou de nuit, chaque sortie ne serait plus une prise de risque trop négligée
Durant laquelle s'il m'arrivait quoi que ce soit je l'aurais bien mérité


Si j'étais un homme,

Mon nombre de conquêtes serait un tableau de chasse, une fierté
Une preuve que je plais, et non que je suis facile à consommer

Je pourrais parler librement de sexe sans me heurter aux sous-entendus
De ceux qui pensent que femme libérée égale femme de peu de vertu


Si j'étais un homme,

Personne n'irait dire que je ne m'intéresse aux jeux, au cosplay et à la science-fiction
Que pour "faire la belle", draguer l'autre sexe et sur moi attirer l'attention

Les employeurs n'oseraient pas me demander de passer sous la table
Pour signer un contrat de travail au salaire tout aussi effroyable


Si j'étais un homme,

Le voisinage ne me résumerait pas à "la meuf" ou "la copine de"
Et les administrations à la "propriété du nom de famille de monsieur"

On ne me dirait pas "trop bavarde" dès que je m'exprime avec passion
Ni "trop effacée" lorsque j'écoute avec réel intérêt et compassion


Si j'étais un homme,

Je ne connaîtrais pas ce cercle vicieux, cet enfer qu'est l'anorexie
Ni le dégoût de soi et des aliments provoqué par une crise de boulimie

Je ne me tuerais pas au sport chaque jour pour rester mince et en forme
Juste pour ne plus jamais laisser personne faire de remarque sur mes formes


Si j'étais un homme,

Peut-être que j'aimerais mon corps au naturel, tel qu'il est
Avec ses rondeurs, ses épaules larges, voire sa pilosité

En tout cas, je n'aurais plus un semblant de poitrine à détester plus que ma propre vie
Ces seins dont la vue me rappelle que d'autres les ont touché sans demander mon avis




Au temps proche,


Si j'avais été un homme, certes je n'en suis pas un
Et  n'en serais jamais un, mais reconnaissez-le bien

Ces choses ne seraient probablement, certainement jamais arrivées au cours de ma vie
Si seulement dès son premier jour ce sexisme et ces clichés ne m'avaient pas suivie

Je me dis encore, s'il n'avait jamais existé de sexe faible ou fort
Peut-être cela aurait-il changé pas mal de choses à mon sort

Si la différence entre mes jambes et celle sur mon torse ne provoquaient le discrédit
Si seulement il y a 23 ans de cela, j'étais née non pas ELLE, mais juste LUI...









lundi 22 avril 2013

La Bienvenue


Il est des jours désespoirs
Où la paix n'a lieu que dans le noir
La lumière éteinte, les volets fermés

Et des nuits blanches et claires
l'on cherche la solitude amère
À défaut de pouvoir l'apaiser

Il est des journées longues comme l'éternité
Et vides comme le futur qui nous est présenté
Où l'on pèse à travers les fenêtres embuées
Chaque larme du ciel qui ne cesse de tomber

Il est des soirs si dérisoires
Où l'on cherche sans trop y croire
Des raisons d'exister à une vie superflue
Dont personne, pas même son âme, n'a voulu

dimanche 7 avril 2013

Trop

Trop réservée pour oser parler
Trop impliquée pour la fermer
Trop effacée pour être remarquée
Trop de traumatismes à exorciser

Trop introvertie pour être un tant soit peu digne d'intérêt
Trop extravagante pour susciter un tant soit peu de respect
Trop emportée par mes émotions pour être impartiale
Trop fem pour être prise au sérieux par des mâles

Pas assez ouverte pour tolérer les discriminations m'entourant
Pas assez de dérision pour digérer l'humour de dominants
Pas assez butch pour trouver sa place chez les LGBT
Pas assez queer, pas assez bi pour vous rencontrer

Épuisée par la communauté geek et ses épreuves
Fatiguée de devoir toujours y faire mes preuves
Et me déguiser derrière un pseudonyme masculin
Pour qu'on ne me traite pas comme une moins-que-rien

Jamais assez fine pour être mince aux yeux du monde
Jamais assez grosse pour être reconnue comme ronde
Jamais assez dans la norme pour rentrer dans un moule
Jamais assez différente, jamais assez cool

Malade de vivre, de faire semblant d'aller bien
Pour ne pas trop inquiéter ce qu'il reste de copains
Malade de souffrir la culpabilisation et la condescendance
D'âmes qui semblent ne posséder ni oreilles ni conscience

Trop forte pour baisser les bras et embrasser la mort
Trop faible pour ne pas pleurer les larmes de mon corps

vendredi 5 avril 2013

Poison d'@vril


Chapitre 1
En Avril...



0100000000: "Qui es-tu?"
17:35


C'était un après-midi frisquet de 1er avril. Comme il y en a tous les ans.

Tu sais bien, ce fameux jour où toutes les blagues, même les plus pourries, sont possibles et où tous les enfants te coursent avec leurs poissons tout moches en papier. Alors que tout ce que tu souhaites toi, c'est qu'on te laisse te perdre dans tes pensées, pendant que ton regard, lui, s'évade à travers la fenêtre la plus proche.
Comment veux-tu qu'ils comprennent, ou qu'ils aient seulement un peu d'imagination. On n'apprend plus aux gosses à rêver. On leur apprend à être de "bons adultes", des gens bien comme il faut. A imiter des modèles de mâles bien hétéros et de femelles bien soumises. À reproduire les comportements de leurs parents parfois. Comme si ces humains taille réduite étaient de parfaits macaques.
Si seulement il y avait une chance que ces pauvres gamins lobotomisés puissent un jour enfin être eux-mêmes en société, au lieu de l'image que cette société attend d'eux.

Mais... je m'éloigne un peu, pardon. Là n'est pas le sujet.

Donc ce 1er avril, je prenais le bus pour rentrer, et un sms venait d'arriver sur mon HTC. D'un numéro que je ne connaissais pas, plutôt bizarre d'ailleurs.
Un 01 suivi d'un nombre interminable de zéros, comme si mon portable était en proie à des bugs que je n'aurai jamais soupçonné. Pensant évidemment à un poisson d'avril comme j'en avais reçu plus tôt par mail ou téléphone, je ne pris pas la peine de répondre à sa question.

En descendant à mon arrêt habituel, le portable se remit à vibrer dans ma poche.


0100000000: "Qui es-tu?"
17:47


C'est qu'il insiste le bougre. Je ne vais quand même pas lui faire ce plaisir de tomber dans le panneau.
J'ignorais donc encore une fois le message, un peu perturbant tout de même.

Deux minutes après, à nouveau :


0100000000: "Qui es-tu?"
17:50

0100000000: "Qui es-tu?"
17:50

0100000000: "Qui es-tu?"
17:50

0100000000: "Qui es-tu?"
17:51

0100000000: "Qui es-tu?"
17:51

0100000000: "Qui es-tu?"
17:51

...


Un poil énervée, je poussais un long soupir. Cette fois il, ou elle d'ailleurs, me spammait de sa question. Le manège dura encore un quart d'heure, vingt minutes, avant que je me décide à lui répondre sur le chemin vers mon immeuble, car l'enflure vidait toute ma batterie. Je sais, je ne suis pas très patiente.


Moi: "Sympa le harcèlement de 1er avril... TOI qui es-tu?"
18:10


Il me répondit presque instantanément.


0100000000: "Je veux te connaître."
18:10


Sans savoir précisément pourquoi, j'eus un très mauvais pressentiment.


Moi: "Ca m'aide pas trop... allez, arrête tes conneries, dis moi qui t'es, s'il te plaît."
18:11


Cette fois, il prit un peu de temps. Alors que je venais d'y entrer, la lourde porte de l'immeuble se referma derrière moi en grinçant.


0100000000: "Je ne sais pas qui je suis. Je veux te connaître."
18:15


Soit il nage en plein délire, soit il se fout bien de ma gueule. Ou les deux. En tout cas je n'ai même plus envie de savoir de qui il s'agit. Je veux juste rentrer chez moi. 

J'eus à peine le temps de finir de monter les escaliers, que déjà un nouveau sms se fit entendre.


0100000000: "Ta porte."
18:17


Surprise, je relevais les yeux du portable, et reculais en voyant une ombre surgir brusquement de la dite porte, puis se précipiter sur moi, horrifiée.



Chapitre2
...ne te découvre pas...




Je protégeais mon corps de mes bras tandis que l'ombre qui était à mes trousses cherchait à me chatouiller par tous les moyens.

"MOUAHAHA poisson d'avril !!!
Tu t'attendais pas à ça, hein, hein, hein !"

C'était Gab', un ami de longue date, qui était également mon coloc, qui avait tout filmé en même temps, mort de rire.

"Roooh la tronche que tu fais ! Alleeez souris à la caméra !"

J'étais encore blanche comme un linge après l'émotion qu'il venait de me faire subir.

"Tu fais chier. Je te déteste." dis-je en riant de bon coeur et déposant mon sac à l'entrée.

"Mais non j'suis adorable !" se défendit-il en continuant de filmer.

"Oui, oui, c'est ce qu'on dit !" soupirais-je en lui faisant les gros yeux : "Tu mets ça sur Youtube et t'es mort mon gars."

Je me réfugiais ensuite dans ma chambre pour allumer mon ordi.

J'étais soulagée... du moins, jusqu'à ce qu'un nouveau vibrement se fit entendre.


0100000000: "Ta porte."
18:23



Je sortis en trombe, furieuse:

"Hé, Gab', c'est plus drôle là ! Et puis d'ailleurs, j'aimerais bien savoir comment tu fais pour avoir ce numéro?"

Il continuait à geeker tranquille dans la pièce principale.

"...hein? Mais, de quoi tu parles?" demanda-t-il d'un air sérieux.

Il mit son jeu en pause, et je lui montrais le dernier sms reçu, ainsi que ceux qui le précédaient.

"Y'en a un qui à l'air de bien s'amuser. En tout cas, j'ai rien à voir avec ça, je te promets... pour une fois que c'est pas moi." dit-il en souriant du coin des lèvres.

"Ok, je t'ai à l'oeil."

Je me remis en route vers ma chambre. Avant que je franchisse le couloir, je me fis à nouveau spammer.
 


0100000000: "Ta porte."
18:27



Mon coloc sourit, et crut rassurant d'ajouter :

"Tombe pas sur un psychopathe, hein. J'te connais, tu les attire comme des mouches."

Je haussais les épaules : "Ma chance légendaire, quoi."

C'est alors qu'un grattement se fit entendre, comme par hasard, du côté de la porte d'entrée.
Gab baissa le son pour mieux entendre.

"...hm?"
,
"Chuuut... on sait jamais." lui lançait-je d'un oeil inquiet, un peu frissonante.

"Tiens justement, on dirait que c'est ton ami. Il pourrait pas toquer à la porte?" chuchota-t-il. "Je vais aller voir pour toi sale peureuse !"

"Ok."

Intrigué par le curieux personnage qui se tenait juste derrière, il se pencha, regarda furtivement à travers le trou de la serrure, et lâcha :

"Oh putain."

Il se retira lentement, le visage livide, me chuchotant :

"C'est inhumain, Liz', regarde ça."

Tremblante, comme mon portable qui continuait à vibrer sans cesse, je m'approchais, et laissais à mon tour mon oeil satisfaire sa curiosité.




Chapitre3
...d'un fil. 



"Qu'est-ce que... ?!?"




Je distinguais la chose. Complètement abstraite. Quelque chose d'à la fois terrifiant et extraordinaire. Une sorte d'entité immatérielle, mais à la forme plus qu'humaine.
Un être humain constitué uniquement de fumée tantôt grisâtre, tantôt blanchâtre. Une fumée statique par endroits, et par d'autres s'évaporant comme le ferait la fumée d'une cigarette.

Je ne sais pas comment, mais je pouvais sentir sur moi le regard de cette chose aux yeux vides. Dont je ne pouvais plus décrocher les miens. Puis je me rappelais que j'avais un coloc tétanisé juste à côté :

"Dis-moi que j'ai halluciné, pitié... sinon on fait quoi, le 17?!"

Puis ça a encore vibré.


0100000000: "Laisse-moi entrer Liz'."
18:33



Et voilà que maintenant il connaissait mon prénom. Et je flippais encore plus.


Moi: "Je suis désolée mais je ne peux pas te laisser entrer. Tu nous fais peur. Va-t'en, s'il-te-plaît."
18:34


Alors que je finis d'envoyer le texto, de la fumée commençait à s'infiltrer sous la porte, juste aux pieds de Gab'.

"MERDE MERDE MERDE t'as fait quoi !!!" s'écria-t-il en s'écartant avec précaution.

Je haussais les épaules.

"Ben, je lui ai gentiment proposé de s'en aller."

"T'aurais pas pu appeler les pompiers plutôt que répondre à ce... truc !" ironisa-t-il, maussade, tout en me tirant le bras vers la salle de bain, qu'il ferma à clé derrière nous.

On se mit à "barricader" les entrées d'air de la porte avec le plus de machins possibles. Tous les produits de toilettes, les brosses et le maquillage y sont passés.

Il me chuchota: "Bon, ici il aura déjà plus de mal à se faufiler... sauf si on ouvre la fenêtre et qu'il décide de passer par l'ext..."

Sans réfléchir je lui mis un pain.

"TA GUEULE il nous écoute ! Il voulait me connaître, c'est la dernière chose que je voulais, et à cause de toi il en sait déjà un peu, à savoir mon prénom ! Et toi, soit-disant tu veux qu'on s'en sorte, mais tu lui donne des conseils pour nous chopper, nous assassiner ou je ne sais quoi ?!" le réprimandais-je.

Il baissa la tête : "Ouais bon, désolé je savais pas que ce truc avait aussi des oreilles..."

Gênée de ce moment de stress intensif, je m'excusais à mon tour en lui tapotant l'épaule: "Pardon pour m'être emportée, mais voilà, fais juste plus attention maintenant, parce que c'est peut-être nos vies qui sont en jeu, là, tu comprends?"

Je ressortais mon smartphone pour voir où le monstre en était.


0100000000: "Où es-tu Liz'?"
18:42



Je me retenais le plus possible de répondre quelque chose de bien grossier. C'est alors qu'une idée me vint en tête pour nous sortir de ce pétrin...

mardi 19 mars 2013

Être un confident

L'avantage lorsque tu écris
C'est que le papier t'écoute, lui
Car il n'a guère le choix que d'endurer
L'encre dont tu l'imprègnes sans pitié

Mes semblables? Des murs insonorisés pour ma voix
Et des sirènes assourdissantes pour mes oreilles
Comme dans un relais où l'on me passe le témoin
Fardeau que je garde sur moi seule jusqu'à la fin

Et j'empile les problèmes, les histoires
Par dizaines, centaines de déboires
Les secrets, les humeurs et les peines
Toujours au-dessus des miennes

La tête pleine de noires idées
Usée, parfois prête à exploser
Et je n'ai pas le temps de me reposer
Qu'à ma porte on se remet à frapper

A bout de cœur et de raison
Il faut bien s'en faire une, de raison
On peut avoir beaucoup de potes dans la vie
On aura toujours que peu voire pas d'amis

Un confident prêt à t'écouter
Et non simplement t'entendre
A juger la personne que tu es
Et non celle qu'il te pense prétendre


mardi 19 février 2013

L'Homme Extraordinaire

Il était une fois, un héros qui ignorait qu'il en était un.

Il ne faisait pas partie des X-Men. Ce n'était pas Astroboy, Superman, ou autre héros de mangas ou comics américains. Son ADN n'était pas modifié. Il n'avait pas de cape, ni d'ailes, ni de masque, ni de prothèses ou autres implants, ni de super-pouvoirs.

C'était un homme, une créature faite de chair et de sang, comme vous et moi. Un être humain, toutefois pas si ordinaire qu'il le paraissait.

Il avait un petit quelque chose en plus, qui le faisait rayonner. Ce petit quelque chose qui faisait toute la différence à côté des humains lambda.

Ce petit quelque chose qui impliquait que ses pairs le qualifiaient de bizarre, susceptible, voire incompréhensible. Le reste du monde se montrant tantôt choqué, tantôt stoïque devant ses démarches et comportements.

Ce petit quelque chose qui le poussait à agir pour le bien de tous plutôt que d'un seul. Ainsi que s'indigner et se battre lorsqu'il estimait cela nécessaire.


Certes, il était loin d'être fort comme un lion, mais il luttait de toutes ses forces contre les discriminations et injustices sociales. Là où les mots possèdent autant de puissance que les gestes.

Certes, il ne respirait pas sous l'eau, mais c'était déjà une épreuve du quotidien pour son odorat de résister à à la pollution ambiante des villes comme tout un chacun.

Certes, il ne savait pas voler, mais il l'aurait fait s'il avait pu, pour prendre un peu l'air de temps à autre. Loin de toute cette masse haineuse vivante aux fausses promesses et espoirs déchus.

Certes il n'était pas capable de lire dans les pensées d'autrui, mais il savait d'ores et déjà lire dans leurs yeux s'ils étaient d'humeur triste, s'ils s'ennuyaient, s'ils rêvaient à d'autres horizons, ou s'ils mentaient.
 

Ce petit quelque chose qui le rendait si extraordinaire, c'était tout simplement une sensibilité à fleur de peau.



dimanche 10 février 2013

Matérialisme

Tant de regards noirs sur les apparences
Celles prônant la jalousie et l'intolérance
Tant d'yeux baissés en permanence
Pour ne rien montrer d'intelligence

Tant de portes retenues et pas un merci
On vient, on profite et puis l'on fuit
Tant de remarques et sifflements impolis
Hyènes modernes de notre patrie

Tant de mâles en rut pour des femelles soumises
Qu'ils s'empresseront de cloîtrer ou jeter une fois acquises
Tant de langues pendues devant de précieuses vitrines
Que la buée de leur boulimie acheteuse s'y dessine

Serait-ce l'argent, serait-ce l'or
Qui rendent les Hommes si mauvais et pressés?
Croient-ils vraiment, croient-ils encore
Trouver le bonheur enfermés dans des cages dorées?

Ils ont honte de la misère
Alors ils lui font la guerre
Ils ont peur d'être seuls un jour
Alors ils enfantent un amour

Parier le reste de sa vie
Au hasard d'un crédit
Est-ce là leur seule envie
Ainsi que ce qui les unit?

Pour le pire et le meilleur
Ils iront voir ici et ailleurs
Jusqu'à ce que la mort les sépare
Ils noieront leurs soucis au comptoir

Trop à manger pour savoir ce qu'est la faim
Trop à posséder pour supporter de n'avoir rien
Mais l'oseille jamais ne résoudra tous les maux
Les deux pieds dans la tombe nous serons tous égaux...
 

mardi 5 février 2013

Les Corbeaux

Entends-tu derrière toi
L'ombre de ton trépas
S'accrocher à toi

Ce bruit lent et sourd
Le roulement des tambours
Tel un grondement de pas lourds

Entends-tu les oiseaux
Par volées et par flots
Le ricanement des corbeaux

Leurs ailes noircies
Se fondant en harmonie
Dans l'horizon terni

Tu ne les as point entendu
Et déjà tu ne demeures plus
Que le fantôme d'une statue

Une idole de pierre
Au coeur de verre
Les yeux ouverts

Tes nuits blanches déboires
Tes jours noirs désespoirs
Ta vie, une fin sans histoire...


samedi 12 janvier 2013

La Marche Noire

Ils se disent ouverts au débat
Avec le coeur et l'esprit fermé
Et devant les médias n'assument pas
Leurs insultes à peine déguisées

A bout de bras, de souffle et d'arguments
Ils brandissent la protection de l'enfant
Ont-ils eux-mêmes protégé leurs mômes
De leur propre bêtise ou solitude morne?


Durant ces siècles derniers, clairement parsemés
De divorces, abandons et familles recomposées
Ont-ils seulement vécu avec un père et une mère
Pour pouvoir dire que ces deux-là sont nécessaires?

Vaut-il mieux deux Papas ou deux Mamans qui s'aiment
Et ont longuement, consciencieusement réfléchi
Ou bien un Papa qui cogne et une Maman qui saigne
Qui n'ont jamais souhaité donner la vie?

Reflets d'une société rétrograde, si bien-pensante
Ils sifflent, s'agitent, chahutent dans la cohue puante
Ces gens trop normaux qui réintroduiraient la peine de mort
Rien que pour supprimer ceux qui provoquent leur inconfort

Ils bougent leur fessier pour s'insurger contre les droits d'autrui
Mais n'ont levé nul petit doigt lorsque cela concernait les leurs
Si pressés ils fuient, si blessés ils ignorent, si vite ils oublient
Tous ces combats gagnés pour l'égalité, les femmes et les couleurs

Lors de cette Marche de la Haine, où la tolérance est condamnée
Ils se disent non-homophobes, mais en viennent à déclarer
Qu'ils détestent les pédés et n'en veulent dans leur couvée
Après tout pourquoi donnerait-on justice à une "minorité"?




EDIT:

Combien d'entre vous se bornent encore à penser que ce sujet n'est là que pour "faire du bruit" ? Pourtant, force est de constater le véritable fond des consciences que celui-ci aura permis de soulever ! Si si c'est important.

Et je peux vous dire que ça fait chier mal bizarre de voir les gens que l'on pensait à priori les plus gentils et ouverts montrer autant d'indifférence voire intolérance... SURTOUT QUAND EUX-MÊMES LA SUBISSENT QUOTIDIENNEMENT !!! Pour d'autres raisons évidemment.

Avancer des arguments contre le mariage homo et la PMA, pourquoi pas, s'ils sont réfléchis, mais sous couvert de préjugés sur les "pédés", non merci, on va s'en passer. Mais putain, même un aveugle se rendrait compte de cette montée triomphante de l'homophobie (parfois sans pudeur comme vous pouvez voir plus haut) partout, et puis cette manif' pour tous, vous le voyez bien, c'est pas juste une manif' à la con contre des lois, c'est un flot de haine déraisonné contre des gens parce qu'ils sont différents !

Et j'sais pas, moi de mon côté, je PEUX PAS rester indifférente face à ça. Pas parce que j'suis directement concernée par la chose, mais parce que je me mets à la place de ces gens, et j'ai un entourage et même une partie de ma famille qui le sont, concernés, et qui subissent ces attaques (sans rien avoir demandé de surcroît). Et je veux les en protéger, et défendre leurs droits par la même occasion. Ou plutôt, défendre ce qui pour moi tend vers une évolution logique et naturelle de la société, et non une régression :o

(Et au vu du nombre de réactions et remerciements que j'ai reçus pour mes prises de position (risquées mais assumées !) et mon poème, ceux-ci n'auront pas été faits en vain quoi que vous pensiez ;))




mardi 23 octobre 2012

Look Hate Me

Look (H)at(e) Me 
 
La tête qui tourne, les yeux qui brillent
Les jambes qui doucement vacillent
Je bois l'alcool d'une existence rêvéeOpium d'une illusion toujours sirée
Mon esprit s'abreuve de haineEt ce venin envahit mes veines
S
uis-je encore saine
Serais-je encore humaine
Comme un conte de fées à demi-réel
Où se confondent peurs et merveillesLorsque le sang, librement s'écoule
L
orsque toutes nos croyances s'écroulent

Je me laisse vivre
J
e me laisse ivreJe me laisse aller
J
e me laisse désirer

samedi 13 octobre 2012

Roulette


L'amour est une roulette russe, et j'y ai parié ma vie.

Une infime goutte de sueur sur mon front perla, et une éternelle seconde d'hésitation me fit reculer, avant que je cède et presse la détente du dilemme. Un geste désespéré, peut-être le dernier, dans une soif d'optimisme inassouvie.

J'ai senti la déflagration traverser ma tête et la balle se loger dans mon crâne, indésirable visiteur.

J'ai vu les murs se vêtir de ma sève, chaude couverture vermeil.
Je suis alors tombée, et en touchant le sol, mes yeux sans éclat ont pu surprendre au plafond ma douleur se dessiner en lettres bordeaux, pour venir couler et se glisser goutte à goutte sur mes joues déjà humides.

Mes larmes mêlées à mon sang, tout ce qu'il me reste à présent, face à des rêves si vains. Il y avait tout à perdre, et tout à gagner dans ce jeu où la sensibilité et l'empathie sont fatales.

J'ai perdu.

dimanche 30 septembre 2012

Slenderman

Il était une fois, un monstre sans visage, dont les longues jambes et les nombreux bras lui donnaient une fière allure d'araignée.

Retranché dans une forêt perdue, il comptait les couchers de soleil. Tout comme les visiteurs de son antre, qu'il suivait discrètement à travers la sylve verte et fraîche.

Le monstre était solitaire, mais il était surtout seul, désespérément seul; l'écorce des arbres se voyait chaque jour un peu plus recouverte de poèmes, de philosophies et d'appels à l'aide.

Il aurait voulu accueillir comme il se doit ces inconscients invités au creux de son foyer de verdure, les connaître; mais tout de lui, et tout ce qu'il pouvait faire, ne le rendait que plus effrayant, notamment sa silhouette longiligne d'arachnide et sa tête dépourvue de visage, qui ne pouvaient donc le résoudre à se montrer à quelqu'un d'humainement constitué, et les troncs de ses complaintes, aidant au lugubre et fantomatique de la forêt, pourtant si paisible.

Le monstre était seul et malheureux. Mais un jour, une petite fille se perdit au coeur du bosquet hanté...



Errance

Entre vertus noires et péché d'espoir
Ma conscience vacille sans jamais choir
Feuilles et fleurs à sèves éperdues
Au dernier sommeil de l'arbre perclus...


jeudi 9 août 2012

Human Monster

Convictions et espoirs prêts à se fendre
Face à tes blagues qui n'amusent personne
J'ai beau me battre, courir ou me défendre
Tu laisses mon corps vidé d'énergie et aphone

Pourquoi devrais-je me sentir coupable
De tes propres violences morales
Cette indifférence, ce mépris palpable
Envers les ardeurs sentimentales?

Combien de victimes as-tu laissé dans leur souffrance?
Qui es-tu réellement? D'où te viens cette colère immense?
Pourquoi brises-tu des vies tels de vulgaires objets de faïence?
Comment de tes actes puis-je te faire prendre conscience?

Laisse-moi fuir le plus loin possible de tes manipulations
De tes jeux sadiques, divers procès et humiliations
De ta maladie incurable qui ronge mon âme en passion
Et ne sait comprendre la source de mes réactions

Je t'ai cru fou chapelier
Aux manières dérangées
Tu n'es que cruelle reine de coeur
Au coeur qui ne sait aimer

Comment puis-je transformer un monstre en homme...

mercredi 8 août 2012

Ici

Dans ce monde gangréné par le culte du statut social, de la consommation, de la beauté
Dominé par la recherche de reconnaissance mondaine au détriment d'une vraie personnalité
Par leurs rires forcés doublés de leur superficialité, les gens mentent et m'ennuient
Leurs schémas classiques de leaders et suiveurs se soudant et se répétant à l'infini

Qui a à partager quelque chose de vrai
Quand tout ce qui est dit et fait
Est toujours calculé, dosé et paramétré
Pour garder une place dans la société

Cette uniformité dans les relations humaines
Semble vouloir me faire passer pour inhumaine
Alors que je n'ai conservé qu'une seule envie
M'affirmer et me révéler telle que je suis

De satin et de dentelle
De mon calme sempiternel
De mes cheveux colorés
De mon insatiable curiosité

De ma douce ironie
De ma soif d'empathie
De larmes et de cris
La vérité est ici



lundi 9 juillet 2012

C'est la vie (ou pas)


Autour de moi, des gens m'aiment pour ce que je suis
Portent de l'intérêt à ma personnalité, ma culture, mon esprit
Me trouvent belle, adorable, intéressante, curieuse
Voudraient me rendre ou au moins me voir heureuse...

Et moi de mon côté, il faut toujours que je m'attache aux gens
Incapables d'aimer, indifférents face à mes sentiments
Parce qu'ils voient les êtres humains comme des cigarettes
Que l'on fume jusqu'au bout puis que l'on jette...


Assez d'aimer le détestable.
Assez de désirer l'indésirable.

Assez d'être une passionnée vaincue face à l'indifférence.
Assez de crier mes sentiments et n'entendre que l'écho du silence.

Assez de porter de l'attention à qui n'en mérite pas.
Assez d'user de ma patience contre ce qui jamais ne changera.

Fatiguée d'être "quelqu'un de bien"
Une galaxie qui s'égare au loin
Perdue dans un trou noir sans fin... 


Et je m'en veux de ne pas aimer aussi fort des gens qui eux méritent l'amour...

mercredi 6 juin 2012

Poison

Pars, loin de moi
File, au plus loin de là
Sors donc enfin de ma tête
Avant qu'elle ne soit prête
A éclater en miettes

Sauve-toi de moi
Sauve-moi de toi
Au plus vite avant mon heure
Toi qui ne réalise toujours pas la peur
Car tu ne veux pas voir que tu es à l'intérieur

Poison malgré toi
Antidote malgré moi
Baignée dans le désarroi
Plus tu crèves mes pensées
Et plus je crève d'amitié
 
Malgré cela, malgré tout
Ton venin demeure si doux
Que je n'éprouve aucun courroux
Je ne peux éprouver aucune haine
Déjà tu coules à travers mes veines
 
 
Poison

dimanche 3 juin 2012

Lassée

Égarée au milieu de rien et nulle part
La route est longue et l'eau se fait rare
Abreuvée sur ces bouches framboises
Les doigts se rencontrent et se décroisent
 
Qui m'aime me suive
Et qui me suive dérive
Moi je n'suis qu'un vampire
Qui ne fait que se nourrir
 
La faim dans les maux
La vengeance dans les crocs
Jour et nuit jamais rassasiée
En mon for intérieur piégée
 
Tellement j'voudrais
Qu'ils me foutent la paix
Avec ma moitié de coeur brisé
Qui ne sait plus prendre ni donner...
 
Lassée